an


an

an [ ɑ̃ ] n. m.
• 1080; lat. annus
1 Durée conventionnelle, voisine de celle d'une révolution de la Terre autour du Soleil. Cet espace de temps utilisé pour mesurer la durée ou l'âge. année. Vingt ans après. Il gagne tant par an. annuellement. Elle a quarante ans : elle est âgée de quarante ans. ⇒fam. balai, 2. berge, 3. pige. Attendre cent sept ans. Poét. Les ans : le temps qui passe pour l'homme. Vx Être chargé d'ans, très âgé. — Loc. Bon an, mal an : en faisant la moyenne entre les bonnes et les mauvaises années.
2Année en tant que point du temps. L'an dernier, l'an prochain. Le jour, le premier de l'an, le nouvel an : le premier janvier. L'an 250 avant Jésus-Christ. L'an 1000. En l'an de grâce... « Ô soldats de l'an Deux » (Hugo),de l'an II du calendrier républicain. Je m'en moque comme de l'an quarante.
⊗ HOM. En, han.

an nom masculin (latin annus) Durée conventionnelle voisine de la période de révolution de la Terre autour du Soleil. Durée de douze mois complets sans précision sur le début de la période : Un délai de deux ans. Mesure de l'âge : Un enfant de quatre ans. Avec l'article défini et suivi d'un numéral cardinal ou d'un adjectif, indique la date selon un certain calendrier ou par rapport au moment où l'on parle, ou bien une date jugée importante : L'an 50 avant J.-C. L'an mille. Espace de douze mois compté à partir du 1er janvier : L'an dernier, l'an passé, l'an prochain.an (citations) nom masculin (latin annus) Pierre Jean de Béranger Paris 1780-Paris 1857 Dans un grenier qu'on est bien à vingt ans ! Chansons Pierre Jean de Béranger Paris 1780-Paris 1857 J'avais vingt ans, une folle maîtresse, De francs amis et l'amour des chansons. Chansons Malcolm de Chazal Vacoas 1902-Port-Louis 1981 Les larmes ne sont un aphrodisiaque qu'à vingt ans. Sens plastique Gallimard Philippe Desportes Chartres 1546-abbaye de Bonport, Normandie, 1606 L'an, comme un cercle rond qui tout en soi retourne, En soi-même revient toujours en mouvement Et du point de sa fin reprend commencement, Courant d'un pied glissant qui jamais ne séjourne. Le Cours de l'an André Gide Paris 1869-Paris 1951 Ils sont rares, de nos jours, ceux qui atteignent la quarantaine sans vérole et sans décoration. Les Faux-Monnayeurs Gallimard Victor Hugo Besançon 1802-Paris 1885 Ô soldats de l'an deux ! ô guerres ! épopées ! […] Ils chantaient, ils allaient, l'âme sans épouvante Et les pieds sans souliers ! Les Châtiments, À l'obéissance passive, II, 7 Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière Paris 1622-Paris 1673 L'âge amènera tout, et ce n'est pas le temps, Madame, comme on sait, d'être prude à vingt ans. Le Misanthrope, III, 4, Célimène Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière Paris 1622-Paris 1673 La solitude effraye une âme de vingt ans. Le Misanthrope, V, 4, Célimène Emmanuel Mounier Grenoble 1905-Châtenay-Malabry 1950 Les hommes de l'an 2000 attendent leur bonheur ou leur malheur de notre inlassable sang-froid. Feu la chrétienté Le Seuil Alfred de Musset Paris 1810-Paris 1857 Quinze ans ! ô Roméo ! l'âge de Juliette ! Poésies, Rolla Paul Nizan Tours 1905-Audruicq, Pas-de-Calais, 1940 J'avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie. Aden-Arabie Maspero Charles Nodier Besançon 1780-Paris 1844 Académie française, 1833 Mille ans sont si peu de temps pour posséder ce qu'on aime, si peu de temps pour le pleurer ! Trilby ou le Lutin d'Argail Charles Péguy Orléans 1873-Villeroy, Seine-et-Marne, 1914 Tout est joué avant que nous ayons douze ans. L'Argent Gallimard Charles Péguy Orléans 1873-Villeroy, Seine-et-Marne, 1914 L'homme qui est poète à vingt ans n'est pas poète, il est homme ; s'il est poète après vingt ans, alors il est poète. Clio Gallimard Charles Péguy Orléans 1873-Villeroy, Seine-et-Marne, 1914 Quarante ans est un âge terrible. Car c'est l'âge où nous devenons ce que nous sommes. Victor-Marie, comte Hugo Gallimard Jacques Perret Trappes 1901-Paris 1992 L'enfant met un siècle à grandir et à douze ans, il ne lui reste plus qu'à bâcler sa maturité en quelques heures et expédier la vieillesse en deux minutes. La Bête Mahousse, Enfantillages Gallimard Charles-Louis Philippe Cérilly, Allier, 1874-Paris 1909 Ce n'est pas impunément qu'on est venu jusqu'à vingt-trois ans sans casier judiciaire. Bubu de Montparnasse Fasquelle Jean Racine La Ferté-Milon 1639-Paris 1699 Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous, Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ? Bérénice, IV, 5, Bérénice Arthur Rimbaud Charleville 1854-Marseille 1891 On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans. Poésies, Roman Pierre de Ronsard château de la Possonnière, Couture-sur-Loir, 1524-prieuré de Saint-Cosme-en-l'Isle, près de Tours, 1585 Je n'avais pas quinze ans que les monts et les bois Et les eaux me plaisaient plus que la cour des rois. les Hymnes, Hymne de l'automne George Bernard Shaw Dublin 1856-Ayot Saint Lawrence, Hertfordshire, 1950 Tout homme de plus de quarante ans est une canaille. Every man over forty is a scoundrel. Maxims for Revolutionists an (difficultés) nom masculin (latin annus) Orthographe Avec une majuscule dans les expressions le jour de l'An, le nouvel An, le premier de l'An (fête) ; avec une minuscule dans l'an mille, au gui l'an neuf ! Emploi 1. Il a dix ans / il est dans sa dixième année. Pour indiquer un âge, on emploie toujours an avec un numéral cardinal (dix ans) et année avec un numéral ordinal (dixième année). 2. L'an prochain / l'année prochaine. Avec les adjectifs comme premier, dernier, passé, prochain (qui indiquent une chronologie), on emploie indifféremment an ou année : l'année prochaine, l'an prochain. 3. Pendant dix ans / pendant dix années. Pour exprimer une durée, on emploie an ou année : année insiste sur le sentiment de l'écoulement du temps (pendant dix années) tandis que an est plus neutre (pendant dix ans). 4. Dix longues années. Avec un adjectif qualificatif, c'est toujours année qui est utilisé : dix belles années (et non dix beaux ans). ● an (expressions) nom masculin (latin annus) Bon an mal an, une bonne année en compensant une mauvaise, l'un dans l'autre ; en moyenne. Jour de l'an, premier de l'an, nouvel an, le premier jour de l'année. Par an, chaque année, annuellement. Familier. S'en soucier, s'en moquer, s'en fiche comme de l'an quarante, ne pas attacher la moindre importance à quelque chose. Une fois, deux fois, etc., l'an, une fois, deux, fois, etc., dans le courant de l'année. ● an (homonymes) nom masculin (latin annus) en préposition han adjectif invariable han interjectionan (synonymes) nom masculin (latin annus) Mesure de l'âge
Synonymes :
- berge (populaire)
- pige (populaire)
- printemps (littéraire)

an
n. m. Période correspondant à la durée d'une révolution de la Terre autour du Soleil; année. Il y a trois ans... Il a cinquante ans.
Loc. Bon an, mal an: les bonnes années compensant les mauvaises.
Plur. Poét. Le poids des ans.
|| Période allant du 1er janvier au 31 décembre, dans le calendrier grégorien. L'an prochain, l'an dernier. Le jour de l'an: le premier jour de l'année. Le Maouloud est le jour de l'an musulman.
Indiquant une date. L'an 1280 après J.-C. L'an 923 de l'hégire.

⇒AN, subst. masc.
Temps de la révolution de la terre autour du soleil, servant d'unité de temps.
A.— [Sert de repère chronologique]
1. [Avec l'art. déf.] Espace de temps d'une année considéré comme un tout et indépendamment de son déroulement interne; spéc., pour l'expression d'une date, celui de l'année civile, du 1er janvier au 31 décembre :
1. Je me suis occupé dans les montagnes de l'origine ou du don du langage d'après les idées de M. de B. que j'ai été conduit encore à combattre; occupation d'esprit qui est revenue périodiquement cette année à la même époque que l'an dernier.
MAINE DE BIRAN, Journal, 1819, p. 236.
2. — Ou d'aller encore une fois, ô forêt pleine de mystère,
— jusqu'à ce lieu que je connais, où, dans une eau morte et brunie, trempent et s'amollissent encore les feuilles des ans passés, les feuilles des printemps adorables.
A. GIDE, Paludes, 1895, p. 148.
Le jour de l'an, le nouvel an, le premier de l'an. Le premier jour de l'année civile, le 1er janvier :
3. On ne sait plus ce que c'est que ces solennités de religion et de famille où la patrie entière et le Dieu de cette patrie avaient l'air de se réjouir; Noël, le premier de l'an, les Rois, Pâques, la Pentecôte, la Saint-Jean étaient pour moi-même des jours de prospérité.
F.-R. DE CHATEAUBRIAND, Mémoires d'Outre-Tombe, t. 1, 1848, p. 48.
4. Minuit, 1er janvier. Nous nous embrassons dans le jardin de notre maison, au clair de lune d'une année nouvelle. Dans la journée, porter notre manuscrit chez Lacroix, nous inscrire chez la princesse, ç'a été tout notre premier jour de l'an.
E. et J. DE GONCOURT, Journal, 1869, p. 479.
Rem. Autres syntagmes cadeau de nouvel an (A. GIDE, Si le grain ne meurt, 1924, p. 412), cartes et souhaits de nouvel an (V. LARBAUD, Journal, févr. 1934, p. 280), fêter le nouvel an (P. LOTI, Mon frère Yves, 1883, p. 259), visites du premier de l'an (J. RIVIÈRE, ALAIN-FOURNIER, Correspondance, lettre de J. R. à A.-F., janv. 1906, p. 230).
Service du bout de l'an ou bout de l'an. Service religieux célébré pour un défunt au jour anniversaire de sa mort :
5. ... c'était reposer en terre plus sainte, et comme en une terre plus voisine de la suprême vallée de Josaphat; c'était attendre en lieu plus sûr l'heure redoutable de la résurrection. Aussi les jours ne suffisaient plus aux messes des morts, aux bouts de l'an, aux trentains et aux libera; l'enceinte du monastère ne suffisait plus aux enterrements.
Ch.-A. SAINTE-BEUVE, Port-Royal, t. 5, 1859, p. 98.
2. [Avec ou sans adj. numéral cardinal, avec ou sans article] Un an s'était écoulé depuis le jour où... (M. ARLAND, L'Ordre, 1929, p. 334), à six ans de distance (F. AMBRIÈRE, Les Grandes vacances, 1946, p. 37), au bout d'un an (J. SANDEAU, Mademoiselle de la Seiglière, 1848, p. 91), dans le délai d'un an (G. VEDEL, Manuel élémentaire de droit constitutionnel, 1949, p. 385), sur un espace de dix ans (L'Industrie française des engrais chimiques, Engrais potassiques et engrais composés, 1956, p. 14), période de trente ans (CHAUVE-BERTRAND, La Question du calendrier, 1920, p. 59), programme de 350 000 logements par an (Les Grands ensembles d'habitation, 1963, p. 5), consommation de 400 millions de tonnes par an [de pétrole] (V. ROMANOVSKY, La Mer, source d'énergie, 1950, p. 5), plusieurs fois par an (J.-B. SAY, Traité d'économie politique, 1832, p. 107), il y a deux ans et demi (B. CONSTANT, Journaux intimes, déc. 1804, p. 178), un an jour pour jour (V. DE JOUY, L'Hermite de la Chaussée d'Antin, 1814, p. 222) :
6. « ... enfin, après avoir passé sept jours dans les bois, pour la première fois de ma vie, muni d'observations que j'avois soin de rédiger tous les soirs, je revins à New-York, où, par l'entremise du même ami, j'achetai 1850 acres, à raison de quatre shellings sterling l'acre, dont la moitié étoit payable au terme d'un an, et l'autre à la fin de la troisième année ».
J. DE CRÈVECŒUR, Voyage dans la Haute Pensylvanie, t. 1, 1801, p. 182.
7. On appelle débit d'étiage le débit au-dessous duquel la rivière ne descend pas pendant plus de dix jours par an dans une année moyenne, c'est donc le débit de trois cent cinquante-cinq jours.
G. THALLER, La Houille blanche, 1952, p. 30.
Loc., DR. An et jour. Une année révolue et un jour de plus. ,,Prescription de l'an et jour.`` (Ac. 1835-1932).
Bon an, mal an. En établissant la moyenne entre les bonnes et les mauvaises années :
8. Soit une famille de paysans composée de six personnes, le père, la mère et quatre enfants, vivant à la campagne d'un petit patrimoine qu'ils exploitent. Je suppose qu'en travaillant bien, ils parviennent à nouer, comme on dit, les deux bouts; qu'eux logés, chauffés, vêtus et nourris, ils ne fassent point de dettes, mais aussi point d'économies. Bon an, mal an, ils vivent : si l'année est heureuse, le père boit un peu plus de vin, les filles s'achètent une robe, les garçons un chapeau...
P.-J. PROUDHON, Qu'est-ce que la propriété?, 1840, p. 263.
Pop., proverbialement. Bonjour et bon an. Souhait de nouvel an. ,,Bonjour, bon an, va-t-en à Rouen.`` (G. FLAUBERT, Correspondance, 1831, p. 2).
Fam. ,,Il y a cent ans qu'on ne vous a vu.`` (Nouv. Lar. ill.) ,,Il y a très longtemps.`` (Nouv. Lar. ill.).
3. [L'adj. numéral cardinal est placé après, avec ou sans art. déf.] Espace de temps d'une année numéroté suivant le comput d'un calendrier donné.
Expr. figées
a) Dans le calendrier grégorien : l'an du Christ 1732 (A. DE VIGNY, Lettre à Lord sur la soirée du 24 octobre 1829, 1829, p. 275), l'an de grâce 1823 (STENDHAL, Racine et Shakespeare, t. 1, 1823, p. 3), l'an de Notre Seigneur, l'an du Salut, l'an de l'Incarnation (Ac. 1835).
b) Dans le calendrier républicain, en parlant des années de l'ère commencée le 22 septembre 1792 : an premier, an deux, an trois, etc. 29 floréal an X (J. BARADAT, L'Organisation d'une préfecture, 1907, p. 98), l'armée de l'an II (G. LEFEBVRE, La Révolution française, 1963, p. 393).
9. La date de la mort de Madame de Chateaubriand est du 12 prairial an 6 de la république, c'est-à-dire du 31 mai 1798.
F.-R. DE CHATEAUBRIAND, Essai sur les Révolutions, Préface, t. 1, 1826, p. XXVII.
Spéc., proverbial et fam. S'en soucier, s'en moquer comme de l'an quarante. Se dit d'une chose à laquelle on n'attache pas la moindre importance, d'une personne à laquelle on ne tient nullement.
Rem. ,,On suppose que cette expression vient des craintes superstitieuses généralement répandues dans le commencement du XIe siècle. On prétendait que Jésus-Christ n'avait assigné à son Église et au monde qu'une durée de mille ans et plus. Une opinion accréditée voulait que ce terme expirât en l'an 40 du XIe siècle. Mais lorsque l'époque redoutable fut passée, on ne fit plus que rire de ces craintes puériles.`` (Lar. 19e). Le DG propose une seconde explication ,,an quarante semble une altération de Alcoran`` (cf. FEW t. 1 1948, s.v. alcoran) :
10. ... je voudrais écrire pour plaire à un homme, user de l'écriture comme d'un moyen de séduction. Il faut que je me dépêche d'écrire, tant que cela me dit encore quelque chose, je veux dire tant que cet homme me dit encore quelque chose, car tout à fait entre nous, je m'en soucie comme de l'an quarante, comme d'une guigne. Pas en tant qu'ami, bien sûr, c'est un ami très cher ...
E. TRIOLET, Le Premier accroc coûte deux cents francs, 1945, pp. 245-246.
Le grand an. ,,Révolution de trente-six mille ans, après laquelle les platoniciens ont prétendu que les astres recommencent leur cours.`` (Lar. 19e); p. ext., fig. et proverbialement. ,,Vivre le grand an, vivre très longtemps.`` (Lar. 19e).
B.— [Exprime la mesure du temps] L'âge d'une personne, l'évaluation du temps que dure une chose, une activité. Un enfant de moins d'un an, un abonnement d'un an, un fonctionnaire nommé pour quatre ans.
1. [Sans art. et avec l'adj. numéral cardinal, rarement avec le poss.] Avoir cinquante ans à peine (P.-A. PONSON DU TERRAIL, Rocambole, t. 1, L'Héritage mystérieux, 1859, p. 38), l'âge de vingt-cinq ans accomplis (Code civil, 1804, p. 30), avoir cinquante ans sonnés (G. DE MAUPASSANT, Contes et nouvelles, t. 2, La Rouille, 1882, p. 790), avoir quinze ans révolus (M. BARRÈS, Mes cahiers, cahier pascal, 1896-1923, p. 178), la gaieté, la fraîcheur de ses vingt ans (É. ZOLA, La Bête humaine, 1890, p. 138), ses jambes de vingt ans (É. ZOLA, Le Docteur Pascal, 1893, p. 41) :
11. Alors, mon Adèle, tu seras à moi, et je veux que ce soit avant peu; je ne travaille, je ne vis que pour cela. Tu ne conçois pas avec quelle ivresse j'écris ces mots tu seras à moi, moi qui donnerais toute ma vie pour un an, pour un mois de bonheur passé avec ma femme.
V. HUGO, Lettres à la fiancée, 1822, p. 31.
12. Une dernière lettre restait. Elle était de moi et dictée de cinquante ans auparavant par mon professeur d'écriture. La voici : « Ma petite maman chérie, j'ai aujourd'hui sept ans. C'est l'âge de raison, j'en profite pour te remercier de m'avoir donné le jour. »
G. DE MAUPASSANT, Contes et nouvelles, t. 2, Suicides, 1883, p. 828.
13. Et Magnus reconnaît cette pâle figure;
Il entend cette voix qui, jadis, supplia,
Par la Vierge et les saints, son âme altière et dure.
C'est elle! c'est l'abbesse Alix! ciel! il y a
Bien des jours, bien des ans, un siècle, qu'elle est morte.
Ch.-M. LECOMTE DE LISLE, Poèmes tragiques, Le Lévrier de Magnus, 1886, p. 139.
14. ... « Oui, peut-être le mouvement littéraire baptisé naturalisme est à sa fin. Il a à peu près ses cinquante ans d'existence et c'est la durée d'un mouvement littéraire en ces temps, et il fera sans doute place à un mouvement plus idéaliste... »
E. et J. DE GONCOURT, Journal, mars 1889, p. 949.
2. Au plur. exclusivement, littér. et poét. L'âge d'une personne, la vieillesse d'une personne ou d'une chose. Leurs jeunes ans (J.-P.-C. DE FLORIAN, Fables, 1792, p. 149), mes premiers ans (J. DELILLE, L'Homme des champs, 1800, p. 140) :
15. On rit quand, opprimé sous le fardeau des ans, Vieux amant, vieux chanteur, un poète ose peindre Des douceurs qu'il n'a plus et qu'il ne peut que feindre, Et d'une voix fardée et d'un vers doucereux Nous conte en cheveux blancs ses exploits amoureux.
A. CHÉNIER, Élégies, Les Amours, 1794, pp. 78-79.
Prononc. — 1. Forme phon. :[]. Enq. ://. 2. Homon. : en (prép., adv. et pron. pers.), han (cf. ZLAT. 1862).
Étymol. ET HIST. — 1. a) Mil. XIe s. « unité de mesure du temps, année » (Alexis, éd. G. Paris et L. Pannier, 33a ds T.-L. : Dis e set anz... Penat son cors); d'où loc. — 1144 mal an « malheur » (Li Charrois de Nymes, éd. Jonckbloet, 634, ibid. : entré sont en mal an; Il en morront a milliers et a cent); d'où 1656 bon an mal an « compensation faite des bonnes et mauvaises années » (SCARRON, Rom. com., ch. VIII, 2e part. ds LITTRÉ : Et l'on m'a assuré qu'elle portait d'ordinaire sur elle, bon an mal an, trente quintaux de chair); — 1681 bon jour bon an « salutations des premiers jours de l'année » (SÉVIGNÉ, Lettre du 2 janv. 1681, éd. Monmerqué, t. 7, p. 132 : bon jour et bon an, mon cher cousin); — 1273 par an « annuellement » (Berte, CXXXI ds LITTRÉ : Cinq cens livres par an à chascune donra); b) [i]ca 1100 « mesure de l'âge » (Rol., éd. Bédier, 538-39 : Carlemagne, Ki est canuz e vielz! Men escientre dous cenz anz ad e mielz); 1636 plur. « temps vécu » (CORNEILLE, Cid, III, 5 ds DG : Ce peu que mes vieux ans m'ont laissé de vigueur); d'où 1668 « vieillesse » (LA FONTAINE, Fables, éd. Gohin, I, 16; [...] Sous le faix du fagot aussi bien que des ans); 2. a) 1260 « année en tant que point du temps » (ÉTIENNE BOILEAU, Liv. des mét., 360 ds LITTRÉ : Ceste addition fu fete en l'an de grace mil ...); b) XIVe s. « jour de l'an » (FROISSART, LI, 326, ibid. : Si fut cette chose si approchée que, droitement la nuit de l'an, la chose fut arrestée d'estre faite, et devoit le dit Aimery delivrer le chasteau de Calais en icelle nuit); c) 1680 bout de l'an « anniversaire » (SÉVIGNÉ, Lettre du 25 août 1680, éd. Monmerqué, t. 7, p. 39 : Le loisir de la campagne fait des almanachs perpétuels et des bouts de l'an de tous les jours considérables); en partic. 1690 (FUR. : le bout de l'an se dit proprement d'un service qu'on fait dire pour un mort à pareil jour qu'il est décédé après l'année revolue).
Du lat. annus, au sens 1 a dep. NAEVIUS, Ep., 44 ds TLL s.v., 115, 35 : septimum decimum annum ilico sedent; 1 b dep. PLAUTE, Cist., 755, ibid., 118, 51 : annos nata dicitur septendecim; 2 a dep. GRACCHUS, Orat., 46 ds Oxford Lat. dict., s.v., 136, 2e col. : his annis paucis ex Asia missus est.
STAT. — Fréq. abs. litt. :39 353. Fréq. rel. litt. :XIXe s. : a) 55 569, b) 59 999; XXe s. : a) 58 099, b) 52 855.
BBG. — BAILLY (R.) 1969 [1946]. — BAR 1960. — BÉL. 1957. — BÉNAC 1956. — Bible 1912. — BOISS.8. — BONNAIRE 1835. — BRUANT 1901. — Canada 1930. — CHASS. 1970. — COLIN 1971. — DAIRE 1759. — DUBOIS (J.). Représentation de systèmes paradigmatiques formalisés dans un dictionnaire structural. Cah. Lexicol. 1964, t. 2, n° 5, pp. 13-14. — DUPIN-LAB. 1846. — ESN. 1966. — FÉR. 1768. — GOTTSCH. Redens. 1930, p. 63, 244, 398, 442. — GOUG. Mots t. 1 1962, p. 276. — GOUG. Mots t. 2 1966, pp. 90-91. — GUIZOT 1864. — GUYOT 1953. — HANSE 1949. — KOLD. 1902. — LACR. 1963. — LAF. 1878. — LA RUE 1954. — LAV. Diffic. 1846. — MARCEL 1938. — PIERREH. Suppl. 1926. — Pol. 1868. — POPE 1961 [1952], § 39, 41, 365, 429, 432, 436, 442, 680, 686, 796, 803. — PRÉV. 1755. — REMIG. 1963. — ROG. 1965, p. 127. — SARDOU 1877. — SOMMER 1882. — SOMMER Suppl. 1882. — SPR. 1967. — Synon. 1818. — THOMAS 1956. — UV.-CHAPMAN 1956.

an [ɑ̃] n. m.
ÉTYM. 1080; du lat. annus.
Temps de la révolution de la Terre autour du Soleil, en tant que durée-repère. Année.
1 (Avec un numéral cardinal). || Durée de mille ans. Millénaire. || Durée de cent ans. Siècle. || Durée de cinq ans. Lustre. || Vingt ans après, roman de A. Dumas. || Trois mille ans ont passé (cit. 58). || Quarante ans sont passés (cit. 59). || En dix ans, que de changements ! || Avoir, compter dix ans de service. || Vivre cent ans. || Il y a un an. || Dans un an. || Pendant un an. || Au bout d'un an. — ☑ Loc. Attendre cent sept ans.Un délai d'un an et un jour. || Un an jour pour jour. || Un contrat de trois ans. || Dans cent ans : dans très longtemps. || J'en ai encore pour un an.
1 Après mille ans et plus de guerre déclarée,
Les loups firent la paix avecque les brebis.
La Fontaine, Fables, III, 13.
2 Ma sœur, lui dit Progné, comment vous portez-vous ?
Voici tantôt mille ans que l'on ne vous a vue (…)
La Fontaine, Fables, III, 15.
3 (…) et les chiens et les gens
Firent plus de dégât en une heure de temps
Que n'en auraient fait en cent ans
Tous les lièvres de la province.
La Fontaine, Fables, IV, 4.
4 Un an se passe, et deux, avec inquiétude (…)
La Fontaine, Fables, VII, 5.
5 Je parlerais un an sur ce sujet.
Mme de Sévigné, Lettres, 1402.
Par an : chaque année, au cours d'une année. || Trois fois par an. || Il gagne tant par an. Annuellement.
6 (…) Or ça, sire Grégoire,
Que gagnez-vous par an ? — Par an ? Ma foi, Monsieur (…)
La Fontaine, Fables, VIII, 2.
(Précédé de l'art. défini). || Tous les ans : chaque année. || Tous les ans à pareille époque. || L'an dernier (→ Année, cit. 4.1), l'an passé.Rare. || « Les feuilles des ans passés » (Gide, Paludes). Année.
Loc. Le nouvel an, (vx ou littér.) l'an nouveau. — ☑ Le jour de l'an, le premier de l'an : le premier jour de l'année (1er janvier). || Carte, souhait, visite de premier de l'an, de nouvel an.Vx. || L'an neuf. — ☑ Loc. Au gui l'an neuf !
Le bout de l'an : la fin, le dernier jour de l'année. || Au bout de l'an.Prières, service du bout (cit. 26.4) de l'an.
Loc. (1665). Bon an, mal an [bɔnɑ̃malɑ̃], en faisant la moyenne des bonnes et des mauvaises années.
7 Et l'on m'a assuré qu'elle portait d'ordinaire sur elle, bon an mal an, trente quintaux de chair (…)
Scarron, le Roman comique, VIII.
8 Bon an, mal an, il avait vécu, et le plus souvent en grand seigneur (…)
Martin du Gard, les Thibault, III, 12.
Vieilli. || Bonjour (et) bon an (formule de souhait).
2 (Avec un numéral cardinal; servant à mesurer l'âge de qqn ou de qqch.). || Une fille de quinze ans. fam. ou argot Balai, 3. berge, carat, 3. pige. || Elle a quarante ans. || Il est âgé de trente ans. || Il a soixante ans accomplis (cit. 4 et 5), révolus, bien comptés, bien sonnés. || Aller sur ses vingt ans. || Dès vingt ans, jusqu'à vingt ans. Âge (cit. 8 et 14). || Quatre ans et demi. || Deux ans et trois mois. || Personne qui a quarante ans (quadragénaire), soixante-dix ans (septuagénaire), cent ans (centenaire), etc.Il a eu ses douze ans hier. || Il se souvient encore du jour de ses cinq ans. || Il a atteint ses quatre-vingts ans. — ☑ Loc. Ne plus avoir vingt ans : ne plus être jeune. || Elle n'a plus ses jambes de vingt ans.
9 Un mourant qui comptait plus de cent ans de vie (…)
Eh ! n'as-tu pas cent ans ? (…)
La Fontaine, Fables, VIII, 1.
10 Humains, il vous faudrait encore à soixante ans
Renvoyer chez les barbacoles.
La Fontaine, Fables, XII, 8, 45.
10.1 Vous êtes comme moi, Urbain, vous n'êtes plus dans vos vingt ans.
M. Aymé, la Vouivre, p. 90.
Un chien vieux de dix ans.Un chêne de quarante ans, vieux de quarante ans. || Sa voiture a trois ans.
3 Vx, littér. || Les ans : le temps qui passe pour l'homme. || Premiers, jeunes, vieux ans. || Les ans passés. || Faix, fardeau, poids, injure, outrage des ans.
11 (…) De vos premiers ans l'heureuse expérience.
Racine, Britannicus, IV, 3.
12 Quand de nos jeunes ans l'éclat est amorti (…)
Molière, le Misanthrope, III, 4.
13 Ce peu que mes vieux ans m'ont laissé de vigueur (…)
Corneille, le Cid, III, 5.
14 Sous le faix du fagot aussi bien que des ans (…)
La Fontaine, Fables, I, 16.
15 Le lion (…) chargé d'ans (…)
La Fontaine, Fables, III, 15.
16 Approchez; je suis sourd : les ans en sont la cause.
La Fontaine, Fables, VII, 16.
17 La beauté que les ans ne peuvent moissonner.
Molière, les Femmes savantes, III, 4.
18 Du débris d'un vieux vase, autre injure des ans (…)
La Fontaine, Philémon et Baucis, 66.
19 Pour réparer des ans l'irréparable outrage.
Racine, Athalie, III, 5.
REM. Cet emploi, très usuel dans la langue classique, reste vivant dans l'usage littéraire (le poids des ans) mais recule devant l'emploi de année (surtout avec un adj. : les jeunes années).
19.1 Le poing pesant du temps
Lui a cassé les dents
Et défoncé la bouche.
Mais elle a combattu
Pour conquérir les ans têtus
Qu'elle annexait, un à un, à sa vie.
Maurice Carême, la Vieille, « Hôtel bourgeois » (1926).
4 L'an… (suivi d'un numéral cardinal, sauf dans l'an premier du calendrier révolutionnaire, dit aussi an un). || L'an 250 avant Jésus-Christ. || L'an 1000, l'an mille. || « Ô soldats de l'an Deux » (Hugo), de l'an II du calendrier républicain. || L'an 1000 de l'hégire. || En l'an 2000.
19.2 Chacune (des émissions) devrait être à la fois une synthèse scientifique et, comme on dit à la télévision, une grande dramatique populaire, faisant vivre à chacun et préparer les drames ou les espérances de l'an 2000.
Roger Garaudy, Parole d'homme, p. 180.
Loc. Vx. || « L'an du Christ 1732 » (Vigny). || L'an du Salut de Notre-Seigneur… — ☑ Vieilli ou par plais. L'an de grâce…, en l'an de grâce 1980.
Loc. fam. S'en moquer, s'en ficher (soucier) comme de l'an quarante, complètement.
19.3 — Oui, nous nous attendrissons ensemble sur la mémoire de cet excellent M. Montgicourt !…
— Dont vous vous moquez comme de l'an quarante !
E. Labiche, le Clou aux maris, 2.
REM. An et année ne sont pas d'exacts synonymes, contrairement à l'avis de Littré :
20 Ces deux termes s'emploient indifféremment l'un pour l'autre, sauf certaines locutions consacrées où l'on ne peut pas substituer année à an, comme bon an mal an, et sauf que, quand on veut qualifier l'année à l'aide d'une épithète, on se sert non de an, mais d'année.
Littré, Dict., art. An.
21 Les substantifs en ée (…) montrent (la chose) dans son contenu, dans toute sa variété, dans les éléments qui la composent (…) L'an est à l'année (…) comme la bouche à la bouchée, le four à la fournée, le poing à la poignée, etc. De sorte que année, journée, matinée, etc., marquent la durée déterminée et divisible de l'an, du jour, du matin, ou la série des événements qui les remplissent (…) L'an est le même pour tout le monde; mais on distingue une année scolaire, une année théâtrale, c'est-à-dire l'espace d'un an employé aux études ou aux représentations du théâtre, et pris arbitrairement de tel mois à tel autre.
Lafaye, Dict. des synonymes, p. 197.
DÉR. et COMP. Année. — (Du lat. annus) Annal (biennal, triennal, décennal), annales, annate, anniversaire, annone, annuaire, annuel (bisannuel), antan. — Pérenne, septennat, solennel, suranné.
HOM. 1. En, 2. en.

Encyclopédie Universelle. 2012.


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